Quand l’administration sépare une famille : le cri d’alarme d’un couple libanais de Montréal

Last Updated: مايو 21, 2026Categories: Uncategorized, أخبار لبنان, كتاب الموقع

Raouf Najm

Il y a des histoires où les mots « dossier », « procédure » et « conformité administrative » deviennent soudain trop froids pour contenir la réalité humaine qu’ils prétendent encadrer. Celle de Johnny Ghannam et Roula Bouchahla, deux paroissiens de la Cathédrale Saint-Sauveur à Montréal, appartient à cette catégorie douloureuse : une famille qui dit avoir choisi la voie légale, l’honnêteté et la transparence, mais qui se retrouve aujourd’hui séparée, suspendue à des décisions administratives, alors qu’un enfant et une mère demeurent au Liban dans un contexte d’insécurité.

Dans un témoignage rendu public et partagé par l’Éparchie melkite, le couple raconte avoir adopté une enfant au Liban, leur pays d’origine, dans un cadre qu’ils décrivent comme légal, judiciaire et reconnu par les autorités compétentes libanaises. Pour eux, il ne s’agit pas d’une démarche improvisée ni d’un arrangement privé, mais d’un processus suivi selon les règles du pays où l’adoption a été prononcée.

Pourtant, selon leur témoignage, le SASIE aurait refusé de délivrer une lettre de non-opposition, qualifiant l’adoption de « privée ». Une lecture que la famille conteste fermement. Elle rappelle qu’au Liban, l’adoption passe par des mécanismes religieux et judiciaires, puis par une exécution reconnue par l’État. Le cœur du problème, selon eux, ne serait donc pas l’absence de lien familial réel, mais le fait que le Liban ne figure pas parmi les pays autorisés dans le cadre de l’adoption internationale, notamment parce qu’il n’a pas signé la Convention de La Haye et qu’aucune entente administrative ne semble régler ce type de situation.

La conséquence est brutale : l’enfant ne peut pas rejoindre normalement sa famille au Canada, et la demande de citoyenneté auprès d’IRCC aurait été refusée. Derrière cette décision, il y a un père, une mère, une enfant, une famille qui affirme ne pas demander un privilège, mais simplement le droit de vivre ensemble, en sécurité.

Ce qui choque dans cette affaire, c’est moins l’existence de règles que leur incapacité apparente à reconnaître l’urgence humaine. Les lois existent pour protéger les enfants, prévenir les abus et encadrer les adoptions internationales. Mais lorsqu’une famille soutient avoir respecté les règles de son pays d’origine, lorsqu’un enfant est reconnu comme membre d’une famille, lorsque la séparation se prolonge dans un contexte de guerre et d’instabilité, la question devient inévitable : à quel moment la procédure cesse-t-elle de protéger pour commencer à punir?

Le témoignage de Johnny Ghannam et Roula Bouchahla pose aussi une question plus large aux responsables politiques canadiens : que fait-on lorsqu’une règle administrative, conçue pour éviter les abus, produit elle-même une injustice humaine? Comment concilier la rigueur nécessaire de l’État avec le devoir élémentaire de compassion? Et surtout, qui accepte de prendre ce dossier en main pour éviter qu’une famille ne soit brisée par l’indifférence bureaucratique?

Face à une telle situation, le silence n’est pas une option. La famille ne doit pas baisser les bras. Elle doit continuer à écrire, insister, documenter, interpeller et mobiliser. Les parents ont tout intérêt à contacter leur député fédéral, leur député provincial, les élus municipaux qui connaissent ou représentent la communauté libanaise, ainsi que les ministres concernés. Les prêtres, les évêques, les responsables communautaires et les organismes de défense des familles peuvent également apporter un soutien précieux par des lettres de référence, des interventions officielles et des démarches publiques.

Dans des dossiers semblables, chaque lettre peut compter. Chaque appui peut ouvrir une porte. Chaque élu interpellé peut contribuer à faire remonter l’affaire au bon niveau. Une famille ne devrait jamais se retrouver seule devant une machine administrative, surtout lorsque l’enjeu touche à l’unité familiale, à la sécurité d’un enfant et à la dignité humaine.

Cette histoire mérite d’être entendue. Elle ne concerne pas seulement une famille melkite de Montréal. Elle concerne toutes les familles issues de l’immigration qui cherchent à respecter les lois de leur pays d’origine et celles du Canada, sans être écrasées entre deux systèmes qui ne se parlent pas. Elle concerne aussi notre communauté, appelée à ne pas laisser l’un des siens affronter seul une épreuve qui touche au plus sacré : le droit d’un enfant à vivre avec ses parents.
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