Du Liban à Mossoul, puis à Karak… L’Orient se vide-t-il de ses chrétiens sous l’effet de la peur

Last Updated: أكتوبر 24, 2026Categories: أخبار لبنان

Alhadath-canada

Raouf Najm

Cinquante années de guerres, de déplacements forcés et d’émigration ont transformé la carte religieuse du Moyen-Orient. Entre les mises en garde de Robert Fisk et de Waciny Laredj, et les calculs politiques d’Henry Kissinger pendant la guerre du Liban, l’attaque contre une église à Karak ravive une question fondamentale : quel avenir pour les chrétiens d’Orient ?

En 1975, le Liban entrait dans une guerre civile qui allait durer quinze ans et ouvrir les portes de l’émigration à des centaines de milliers de Libanais, dont un grand nombre de chrétiens. Un demi-siècle plus tard, le 23 octobre 2026, l’église Saint-Georges des grecs-orthodoxes, située dans le village de Hamoud, dans le gouvernorat jordanien de Karak, était le théâtre d’une attaque armée visant des personnes assistant à des funérailles. Selon le dernier bilan rapporté par l’agence Reuters le 24 octobre, l’attaque a fait neuf morts et une quarantaine de blessés.

Entre ces deux dates, le Moyen-Orient a connu une succession de guerres, de divisions, d’attentats et d’agressions qui ont profondément marqué ses communautés chrétiennes et poussé de nombreuses familles à chercher la sécurité loin de leur terre natale.

De Kissinger à Fisk et Waciny Laredj

Pendant la guerre du Liban, le nom du secrétaire d’État américain Henry Kissinger a été associé à un récit faisant état d’une proposition d’évacuation des chrétiens libanais à bord de navires américains. Cette version des faits n’a pas été établie de manière définitive par les documents publiés. Toutefois, le procès-verbal d’une réunion entre Kissinger et le président Gerald Ford, le 30 mars 1976, révèle que la capacité des chrétiens libanais à résister constituait un élément essentiel des calculs américains concernant la crise libanaise.

Plusieurs décennies plus tard, le 26 octobre 2010, le journaliste britannique Robert Fisk publiait dans The Independent un article intitulé « Exodus: The Changing Map of the Middle East » (« Exode : la carte changeante du Moyen-Orient »). Il y mettait en garde contre l’émigration massive des chrétiens et la transformation de la composition religieuse de la région, évoquant notamment le Liban, l’Irak et l’Égypte. Il associait ce phénomène aux guerres, à la peur, aux divisions et aux changements démographiques, tout en critiquant les conséquences des interventions occidentales.

Le 29 mars 2017, l’écrivain algérien Waciny Laredj publiait à son tour un article intitulé « Les dangers de vider l’Orient de ses chrétiens ? ». Il y mettait en garde contre la disparition progressive de l’une des composantes essentielles de l’identité historique et civilisationnelle du Moyen-Orient. Il soulignait également la contradiction entre l’accueil réservé par les pays occidentaux aux chrétiens qui émigrent et leur incapacité à contribuer à la création de conditions leur permettant de rester dans leurs pays d’origine.

Mossoul… quand la peur devient un ordre de partir

En juin 2014, l’organisation État islamique (Daech) prenait le contrôle de Mossoul. Quelques semaines plus tard, elle imposait aux chrétiens plusieurs choix : se convertir à l’islam, payer la jizya, un impôt de capitation, ou quitter la ville sous la menace de la mort.

Des maisons chrétiennes furent marquées de la lettre arabe « ن » (noun, initiale du mot « nazaréen »). Des biens furent confisqués et des familles entières s’enfuirent d’une ville où des communautés chrétiennes vivaient depuis des siècles.

L’exode s’étendit aux localités de la plaine de Ninive. Des rapports américains ont estimé à environ 125 000 le nombre de chrétiens déplacés lors des offensives de l’organisation dans le nord de l’Irak.

Il s’agissait de l’une des opérations de déplacement forcé pour des motifs religieux les plus manifestes de l’histoire récente de l’Irak. Une enquête des Nations unies a par la suite conclu à l’existence de motifs raisonnables de croire que des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité avaient été commis contre les chrétiens de Mossoul et de la plaine de Ninive entre 2014 et 2017.

Des scènes de peur similaires se sont répétées en Syrie, où la guerre et les attaques contre des villages chrétiens, notamment les villages assyriens de la vallée du Khabour, ont provoqué d’importantes vagues de déplacements.

En Égypte, des agressions visant les coptes dans le nord du Sinaï, en 2017, ont poussé des familles à abandonner leurs maisons.

Karak… la peur se répétera-t-elle ?

L’attaque contre l’église de Karak, en Jordanie, a ravivé le souvenir des attentats terroristes qui ont frappé la région, particulièrement ceux perpétrés par Daech en Irak et en Syrie, ainsi que les attaques de Karak en 2016, revendiquées par l’organisation.

Il convient toutefois de ne pas confondre ces événements. À ce jour, la responsabilité de Daech dans l’attaque du 23 octobre 2026 n’a pas été établie, et aucun élément ne permet d’affirmer que celle-ci a provoqué un déplacement de chrétiens hors de Jordanie.

Néanmoins, le fait de prendre pour cible des personnes participant à des funérailles dans une église suscite des inquiétudes qui dépassent largement les limites du crime lui-même.

Lorsque des personnes en viennent à considérer que la prière, les funérailles ou la simple présence dans un lieu de culte peuvent mettre leur vie en danger, l’idée d’émigrer devient une possibilité réelle.

Les autorités religieuses jordaniennes ont condamné cette attaque, réaffirmant l’unité des Jordaniens, musulmans et chrétiens, ainsi que leur rejet de toute tentative d’attiser les divisions confessionnelles.

Que reste-t-il des chrétiens d’Orient ?

La comparaison démographique révèle l’ampleur des transformations survenues au cours du dernier demi-siècle.

Au Liban, les estimations du milieu des années 1970 situaient la proportion des chrétiens entre 40 et 50 % environ, alors que les estimations actuelles la placent autour de 30 à 35 %.

En Irak, le recensement de 1977 faisait état de 2,14 % de chrétiens, contre environ 0,4 % selon certaines estimations récentes.

En Syrie, leur proportion est passée d’environ 10 % avant la guerre de 2011 à près de 2 % selon des estimations récentes.

En Jordanie, la proportion des chrétiens a diminué, passant d’environ 6 % au milieu des années 1970 à près de 2,1 %, même si leur nombre absolu n’a pas nécessairement diminué.

En Égypte, le recensement de 1976 indiquait une proportion proche de 6 %, tandis que le Pew Research Center l’estimait à environ 4,8 % en 2020. D’autres organismes avancent des estimations plus élevées.

Quant au Yémen, les données historiques disponibles sont insuffisantes pour mesurer avec précision l’ampleur des changements.

Ces comparaisons demeurent approximatives, en raison de l’absence de recensements religieux récents et des divergences entre les sources. Par ailleurs, une diminution de la proportion ne signifie pas toujours une baisse du nombre absolu de chrétiens, et elle ne peut être entièrement attribuée à l’émigration ou à la violence.

Ceux qui partent et ceux qui restent

Le Moyen-Orient a traversé des guerres qui ont laissé derrière elles des villes détruites, des sociétés déchirées et des souvenirs difficiles à effacer.

À chaque nouvelle vague de violence, certaines familles quittent leur pays, tandis que d’autres choisissent de rester. Pour beaucoup de ceux qui sont partis, le retour devient de plus en plus difficile une fois qu’ils se sont établis dans de nouveaux pays.

Si le déplacement des chrétiens de Mossoul, en 2014, constitue un acte organisé et documenté, les événements de Karak représentent aujourd’hui un avertissement quant au risque de voir la peur gagner d’autres sociétés historiquement caractérisées par la coexistence.

Une question demeure, soulevée par les écrits de Robert Fisk et de Waciny Laredj, et remise en perspective par les calculs politiques de Kissinger : quelle est la responsabilité des guerres, des décisions internationales et de l’extrémisme dans cette transformation démographique ? Et aurait-il été possible d’en limiter les conséquences ?

Les chiffres ne démontrent pas l’existence d’un plan international unifié visant à vider l’Orient de ses chrétiens. Ils révèlent toutefois l’ampleur de ce que les sociétés de la région ont perdu de leur diversité sous l’effet des guerres, de l’émigration et de l’instabilité.

Car les chrétiens qui quittent Mossoul, Alep, Beyrouth ou d’autres villes emportent avec eux bien davantage que leurs valises. Ils partent avec leurs enfants, leur mémoire et leur patrimoine, laissant derrière eux un vide que les statistiques ne suffisent pas, à elles seules, à mesurer.

Et si la tragédie de Mossoul a montré comment le terrorisme pouvait arracher une communauté à sa ville, ce qui s’est produit à Karak impose une question aux États et aux sociétés de la région : comment protéger le droit des populations à demeurer sur leur terre, avant que le départ ne devienne une décision sans retour ?

Ressources

مصادر التوثيق: رويترز – الكرك، 24 تشرين الأول 2026، هيومن رايتس ووتش – تهجير الموصل، وثيقة كيسنجر سنة 1976، مقال فيسك، مقال الأعرج.

من لبنان إلى الموصل فالكرك… هل يُفرَّغ الشرق من مسيحييه بالخوف؟

دراسة وبحث

رؤوف نجم

خمسون عاماً من الحروب والتهجير والهجرة غيّرت الخريطة الدينية للمشرق. وبين تحذيرات روبرت فيسك وواسيني الأعرج، وحسابات هنري كيسنجر خلال الحرب اللبنانية، يعود السؤال مع الهجوم على كنيسة الكرك: إلى أين يمضي مسيحيو الشرق؟

في عام 1975، كان لبنان يدخل حرباً أهلية ستستمر خمسة عشر عاماً، وتفتح أبواب الهجرة أمام مئات آلاف اللبنانيين، وبينهم أعداد كبيرة من المسيحيين. وبعد نصف قرن، في 23 تشرين الأول 2026، كانت كنيسة القديس جورجيوس للروم الأرثوذكس في قرية حمود بمحافظة الكرك الأردنية مسرحاً لهجوم مسلح استهدف مشيّعين، وأوقع تسعة قتلى ونحو أربعين جريحاً، وفق أحدث حصيلة نقلتها وكالة رويترز في 24 تشرين الأول.

وبين التاريخين، شهد الشرق سلسلة من الحروب والانقسامات والتفجيرات والاعتداءات التي تركت آثارها على مجتمعاته المسيحية، ودفعت عائلات كثيرة إلى البحث عن الأمان بعيداً عن أوطانها.

من كيسنجر إلى فيسك والأعرج

خلال الحرب اللبنانية، ارتبط اسم وزير الخارجية الأميركي هنري كيسنجر برواية عن اقتراح إجلاء المسيحيين من لبنان بواسطة بواخر أميركية. ولم تثبت هذه الرواية بصورة قاطعة في الوثائق المنشورة، لكن محضر اجتماع كيسنجر بالرئيس جيرالد فورد، في 30 آذار 1976، يكشف أن قدرة المسيحيين اللبنانيين على الصمود كانت عنصراً أساسياً في الحسابات الأميركية تجاه الأزمة اللبنانية.

بعد ذلك بعقود، وفي 26 تشرين الأول 2010، نشر الصحافي البريطاني روبرت فيسك في صحيفة «الإندبندنت» مقالاً بعنوان «الخروج: خريطة الشرق الأوسط المتغيّرة»، حذّر فيه من هجرة مسيحية واسعة ومن تبدّل التركيبة الدينية للمنطقة، متناولاً لبنان والعراق ومصر وغيرها. وربط الظاهرة بالحروب والخوف والانقسامات والتغيرات الديموغرافية، منتقداً نتائج التدخلات الغربية.

وفي 29 آذار 2017، كتب الروائي الجزائري واسيني الأعرج مقالاً بعنوان «مخاطر إفراغ الشرق من مسيحييه؟»، حذّر فيه من خسارة المشرق أحد مكوّناته الحضارية والتاريخية. ولفت إلى التناقض بين استقبال الدول الغربية المسيحيين المهاجرين وعجزها عن المساهمة في توفير الظروف التي تتيح لهم البقاء في أوطانهم.

الموصل… عندما أصبح الخوف أمراً بالرحيل

في حزيران 2014، سيطر تنظيم «داعش» على الموصل. وبعد أسابيع، فرض على المسيحيين خيارات اعتناق الإسلام أو دفع الجزية أو مغادرة المدينة تحت التهديد بالقتل. ووُسمت منازل مسيحية بحرف «ن»، وصودرت ممتلكات، وفرّت العائلات من مدينة عاشت فيها جماعات مسيحية منذ قرون.

وامتد النزوح إلى بلدات سهل نينوى. وقدّرت تقارير أميركية عدد المسيحيين الذين نزحوا خلال هجمات التنظيم في شمال العراق بنحو 125 ألفاً.

كانت تلك من أوضح عمليات التهجير الديني القسري في التاريخ الحديث للعراق. وأكد تحقيق أممي لاحق وجود أدلة معقولة على ارتكاب جرائم حرب وجرائم ضد الإنسانية بحق المسيحيين في الموصل وسهل نينوى بين عامي 2014 و2017.

وتكررت مشاهد الخوف في سوريا، حيث أدت الحرب والهجمات على القرى المسيحية، ومنها قرى الخابور الآشورية، إلى موجات واسعة من النزوح. وفي مصر، دفعت اعتداءات استهدفت الأقباط في شمال سيناء عام 2017 عائلات إلى مغادرة منازلها.

الكرك… هل يتكرر الخوف؟

أعاد الهجوم الذي استهدف كنيسة الكرك الأردنية إلى الذاكرة الاعتداءات الإرهابية التي شهدتها المنطقة، ولا سيما هجمات «داعش» في العراق وسوريا، وكذلك هجمات الكرك عام 2016 التي تبنّاها التنظيم.

لكن لا يجوز الخلط بين الأحداث. فلم تثبت حتى الآن مسؤولية «داعش» عن هجوم 23 تشرين الأول 2026، ولا توجد أدلة على أنه تسبب بتهجير مسيحيين من الأردن.

ومع ذلك، فإن استهداف أشخاص أثناء مشاركتهم في جنازة داخل كنيسة يثير قلقاً يتجاوز حدود الجريمة نفسها. فحين يشعر الإنسان بأن الصلاة والجنازة والوجود في مكان العبادة قد تعرّض حياته للخطر، يصبح التفكير بالهجرة احتمالاً قائماً.

وقد أدانت المرجعيات الدينية الأردنية الاعتداء، مؤكدة وحدة الأردنيين المسلمين والمسيحيين ورفض محاولات إثارة الفتنة.

ماذا بقي من مسيحيي الشرق؟

تكشف المقارنة الديموغرافية حجم التحولات خلال نصف قرن.

في لبنان، كانت تقديرات منتصف السبعينيات تضع نسبة المسيحيين بين 40 و50% تقريباً، بينما تدور التقديرات الحديثة حول 30 إلى 35%.

وفي العراق، سجل تعداد عام 1977 نسبة 2.14% من المسيحيين، مقابل نحو 0.4% بحسب بعض التقديرات الحديثة.

وفي سوريا، تراجعت نسبتهم من نحو 10% قبل حرب 2011 إلى نحو 2% في تقديرات حديثة.

أما الأردن، فانخفضت نسبة المسيحيين من نحو 6% في منتصف السبعينيات إلى نحو 2.1%، رغم أن أعدادهم المطلقة لم تتراجع بالضرورة.

وفي مصر، أظهر تعداد 1976 نسبة تقارب 6%، فيما يقدّر مركز «بيو» نسبتهم عام 2020 بنحو 4.8%، وتطرح جهات أخرى تقديرات أعلى. أما اليمن، فلا تتوافر أرقام تاريخية كافية لتحديد حجم التحول بدقة.

وتبقى هذه المقارنات تقريبية، بسبب غياب التعدادات الدينية الحديثة واختلاف المصادر. كما أن تراجع النسبة لا يعني دائماً انخفاض العدد المطلق، ولا يمكن إرجاعه كله إلى الهجرة أو العنف.

من يغادر، ومن يبقى؟

خاضت المنطقة حروباً تركت وراءها مدناً مدمرة ومجتمعات ممزقة وذكريات يصعب محوها. ومع كل موجة عنف، تغادر عائلات وتبقى أخرى، فيما يجد كثير من المغادرين صعوبة في العودة بعد الاستقرار في بلدان جديدة.

وإذا كان تهجير مسيحيي الموصل عام 2014 فعلاً منظماً ومثبتاً، فإن الكرك تمثل اليوم إنذاراً بخطورة انتقال الخوف إلى مجتمعات أخرى عُرفت تاريخياً بالتعايش.

ويبقى السؤال الذي تثيره كتابات فيسك والأعرج، وتعيد حسابات كيسنجر السياسية إلى الواجهة: ما مسؤولية الحروب والقرارات الدولية والتطرف في هذا التحول الديموغرافي، وهل كان بالإمكان الحد من نتائجه؟

لا تثبت الأرقام وجود مخطط دولي موحّد لإفراغ الشرق من المسيحيين، لكنها تكشف حجم ما خسرته مجتمعات المنطقة من تنوعها تحت وطأة الحروب والهجرة وانعدام الاستقرار.

فالمسيحيون الذين يغادرون الموصل أو حلب أو بيروت أو غيرها يحملون معهم أكثر من حقائبهم. إنهم يغادرون بأبنائهم وذاكرتهم وتراثهم، تاركين فراغاً لا تقيسه الإحصاءات وحدها.

وإذا كانت مأساة الموصل قد أظهرت كيف يستطيع الإرهاب اقتلاع جماعة من مدينتها، فإن ما جرى في الكرك يفرض سؤالاً على دول المنطقة ومجتمعاتها: كيف نحمي حق الناس في البقاء على أرضهم، قبل أن يصبح الرحيل قراراً لا رجعة عنه؟

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